
Texte : Nina Aubailly

Milan Design Week, les tendances décryptées Les pavés de la capitale lombarde résonnent sous les pas pressés des Milanais. Visiteurs, professionnels ou simples amateurs d’architecture et de design se sont réunis. Le mois d’avril est une parenthèse, chaque année la ville se transforme.
Tandis que le Salone del Mobile installé à une dizaine de kilomètres au nord-ouest du centre reste le cœur institutionnel de l’évènement ; le Fuorisalone en est l’âme vivante. Palais séculaires et hôtels particuliers ouvrent leurs portes, studios de design ou appartements privés se dévoilent, les boutiques se réinventent pour sept journées intenses : la Milan Design Week. Au détour de chaque quartier de la ville, nous avons arpenté les installations éphémères et dégagé trois axes majeurs qui dessinent selon nous le visage du design en 2026.

Une renaissance, cent ans plus tard, du mouvement emblématique. Les années folles et leur esthétique caractéristique inspirent les intérieurs. Une quête de sens dans la géométrie et la sobriété des couleurs est plus que jamais à l’ordre du jour : imprimés graphiques sont réédités, la régularité rassurante des lignes strictes et des motifs simples nous séduit.
Déclinés en vert sombre, bois d’acajou, or doux, ou chrome, les matières nobles sont convoquées dans leur plus simple expression. Le mobilier n’est plus seulement fonction ou confort, il se fait œuvre d’art, pièce d’archive. Comme hérités d’une industrie oubliée, les moindres détails sont pensés pour durer. Loin d’un référence- ment historique, l’art déco nous apprend aujourd’hui à repenser nos intérieurs comme des scènes de vie où matériaux et architecture doivent dialoguer. La tendance est à la simplicité intelligente, l’élégance sans apparat, un équilibre stable entre beauté et durabilité.

Un conseil implicite, soutenu par de nombreux exposants. Laisser libre court à ses envies et surtout s’affranchir des cadres connus. Les matériaux et leurs usages sont le terrain de jeu des designers : on lève les interdictions et on revêt sa salle d’eau de cuir Cordovan ; aux propriétés hydrophobes. La cuisine s’habille de textiles et de franges qui réchauffent et enveloppent cette pièce d’ordinaire si minérale. Le Fuorisalone regorge de propositions qui bousculent les certitudes et réinventent la notion même de matière appropriée. Ainsi sorties de leur cadre habituel ; elles sont soulignées, sublimées.

Influence des pierres anciennes de la cité ou pure coïncidence ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, Milan convoque le Moyen-âge. Une esthétique peu développée jusqu’ici qui offre des possibilités saisissantes. Ce n’est pas une reconstitution, mais un jeu avec les codes historiques, une relecture profondément contemporaine. Le bois brut en blocs épais porte les marques des années. De lourds velours aux reflets changeants absorbent la lumière tandis que le métal torsadé la renvoie, assurant l’équi- libre. La puissance et la monumentalité des formes sont contre- balancées par une légèreté de traitement, une sophistication dans la simplification. Le passé est matière première, le présent la retravaille avec justesse