
Texte : Isabelle Aubailly
© Photos : Jérôme Vivez
« Nous avons été séduits par l’authenticité du lieu. »
À quelques pas du Duché, derrière les murs qui dessinent le cœur historique d’Uzès, se dévoile une demeure où le temps semble avoir choisi de s’attarder.

Implantée au cœur du secteur sauvegardé, la maison s’inscrit dans une ville au patrimoine exceptionnel, où l’histoire demeure profondément vivante. Le château, toujours habité par la famille de Crussol d’Uzès, veille encore sur la cité. Ici, il suffit de quelques pas pour passer de la maison à l’Histoire.
Cette demeure de 422 m² a connu près de dix années de restauration. Un chantier au long cours, mené avec une idée essentielle : transformer sans effacer.

Les cheminées anciennes, les parquets patinés par les générations, les sols en travertin, les pierres de Beaucaire et les carreaux d’époque ont été soigneusement préservés. À ces traces du passé sont venus se glisser, les usages et le confort d’aujourd’hui.

La maison s’ouvre sur un jardin clos de 1 300 m², ponctué d’une serre devenue orangerie, d’une cour intérieure pavée et de deux puits centenaires. L’un se découvre à l’extérieur ; l’autre, plus secret, apparaît sous l’escalier principal.
Un décor qui ne cherche pas à raconter le temps, mais à le laisser parler.
Qu’est-ce qui vous a séduits dans cette maison et son environnement près d’Uzès ?
C’est avant tout l’authenticité du lieu et la présence très forte de ses éléments d’origine. Les grandes cheminées, les plafonds à la française, l’escalier dissimulé dans la tour de guet ou encore les anciennes barres au sol racontent chacun un fragment de son histoire.
La maison a traversé les siècles, du XVe au XIXe siècle. Cette superposition d’époques et d’architectures lui donne une personnalité singulière, presque palpable.
Dans quel état était-elle avant les travaux et qu’avez-vous souhaité préserver ?
La structure était très saine, mais il fallait lui redonner une nouvelle vie et l’adapter à des prestations haut de gamme.
Nous avons fait le choix de conserver absolument tous les éléments anciens : les pierres de Beaucaire, les carreaux d’époque… Tout ce qui faisait son identité.
L’électricité et l’isolation ont été reprises, de nouvelles salles d’eau ont été créées et une climatisation gainable installée dans toute la maison. À l’extérieur, le jardin a également été entièrement repensé, autour d’une piscine imaginée avec suffisamment de caractère pour trouver naturellement sa place dans cet environnement ancien.

Quels choix architecturaux et décoratifs ont guidé le projet ?
Nous nous sommes beaucoup inspirés de la philosophie wabi-sabi : la simplicité, les matières naturelles, la beauté des imperfections et les marques laissées par le temps.
Nous voulions que les matières puissent vivre, que les objets anciens trouvent naturellement leur place et que rien ne semble trop neuf, trop parfait ou trop démonstratif.
L’élégance vient ici de l’équilibre, de la patine et de ce dialogue discret entre les époques.

Comment avez-vous concilié le charme traditionnel et le confort contemporain ?
Notre volonté était de préserver l’âme de la maison sans renoncer au confort du quotidien.
La domotique, le système son, la cuisine professionnelle et l’ensemble des équipements contemporains ont donc été intégrés avec la plus grande discrétion. L’idée était qu’ils se fassent oublier, pour laisser la pierre, les volumes et les matières rester au premier plan.

Y a-t-il un meuble ou un détail qui occupe une place particulière dans l’histoire de la maison ?
Deux éléments sont particulièrement forts dans le salon d’honneur.
Une fontaine d’apparat murale datant du XVIIe siècle, d’abord. Et une ancienne fresque murale, issue d’une fondation turque. Deux présences singulières qui semblent porter avec elles une mémoire plus vaste que celle de la maison elle-même.
Pour cette restauration, les propriétaires ont choisi de faire appel exclusivement à des professionnels de la région.
Tous les corps de métiers intervenus sur le chantier étaient locaux. Une manière de prolonger l’histoire du lieu jusque dans sa restauration et de faire dialoguer le patrimoine architectural avec les savoir-faire provençaux.

Le jardin a-t-il joué un rôle dans votre projet ?
Nous avons voulu retrouver l’esprit d’une cour provençale d’autrefois.
Les essences méditerranéennes ont trouvé leur place autour du vieux puits et du bassin traditionnel. Plusieurs espaces ombragés ont été aménagés pour profiter pleinement de la vie en extérieur, à l’abri des fortes chaleurs.
Le jardin devient ainsi une véritable pièce supplémentaire de la maison, un lieu où l’on vit au rythme des saisons.

Quel a été le plus grand défi de cette rénovation ?
Apporter tout le confort d’aujourd’hui sans altérer l’histoire du lieu.
Pour y parvenir, nous avons privilégié les méthodes traditionnelles et les matériaux nobles, tout en dissimulant au maximum les installations contemporaines.
Le principe était simple : que la modernité soit présente, mais jamais visible.
Il existe, tout en haut de la maison, un endroit où le temps semble ralentir. Le rooftop. C’est là que Marie et Jean-René aiment retrouver la maison au coucher du soleil. Depuis cette hauteur, les toits d’Uzès se déploient sous la lumière dorée du soir et le regard porte jusqu’au Rhône.
Autour de la maison, les propriétaires aiment retrouver les lieux qui font le charme de la région.
À Villeneuve-lès-Avignon, la brocante et les jardins de l’Abbaye Saint-André comptent parmi leurs adresses favorites.
L’Abbaye de Montmajour, l’Abbaye troglodytique de Saint-Romain à Beaucaire ou encore le Palais des Papes à Avignon prolongent cette découverte d’un territoire où patrimoine et paysage se répondent.
Et puis il y a Uzès elle-même, avec son marché sur la Place aux Herbes. Une place vivante, des pierres baignées de soleil, les parfums du Sud et cette sensation précieuse que, dans certaines maisons comme dans certaines villes, le passé n’est jamais vraiment derrière nous. Il habite encore les murs.
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