
Texte : Isabelle Aubailly

À quelques minutes du Lac du Bourget, une demeure du XIXe siècle renaît sous l’impulsion d’un entrepreneur passionné.
Transformé en hôtel confidentiel, le Château Brachet cultive un art de vivre rare où patrimoine, gastronomie et nature composent une expérience à part. Entre mémoire du thermalisme, design discret et cuisine inspirée du terroir, immersion dans une adresse qui redonne du sens au mot hospitalité.
Le voyage est long pour atteindre Grésy-sur-Aix en Savoie à quelques kilomètres d’Annecy, mais la destination sur les contreforts des Alpes est un château étonnant, une étape somme toute très bucolique et mystérieuse de la riviera alpine.
Arrivés à la nuit tombée, les tours du château illuminées nous accueillent. Les lourdes portes s’ouvrent et un formidable feu de cheminée réchauffe l’atmosphère.
On part à la découverte de ce lieu atypique où des personnalités, têtes couronnées, intellectuels ont séjourné.

Chaque couloir est empreint d’une atmosphère de l’époque. Nous allons dormir dans la chambre des « Coquelin », célèbres acteurs de théâtre, pensionnaires de la comédie française au XIXe siècle. Ouvrages, anecdotes, et même extraits de pièces de théâtre font vivre la chambre. C’est amusant de s’allonger et d’écouter ces voix d’une autre époque vous raconter « Cyrano de Bergerac » ou « Thermidor ». La lumière est douce, les teintes choisies, les lourds rideaux et la bibliothèque de bois apportent beaucoup d’authenticité. Il nous semble vivre chez un collectionneur, ou un artiste.

Il est temps de rejoindre le salon et le restaurant gastronomique ; la Table du Château. Dans la véranda face au jardin éclairé, nous prenons place dans de jolis fauteuils de rotin. La décoration est classique mais très élégante, sol bicolore noir et blanc, bibliothèque rétroéclairée, immense suspension, murs recouverts de bois clair.

Le nouveau chef Mickaël Furnion privilégie les légumes, les herbes et les plantes sauvages sans oublier les volailles et poissons. « La région est une source d’inspiration incroyable. Entre les forêts, les alpages et les lacs, on a une richesse de produits exceptionnelle. Ma cuisine est une promenade dans ces paysages. »

En bouche, cela se traduit par une gourmandise moderne : des jus de viande profonds qui dialoguent avec la fraîcheur végétale, des sauces généreuses qui enveloppent sans masquer, une finesse qui ne renonce jamais à l’authenticité. Son fil rouge tient autant à la précision des cuissons qu’à l’engagement auprès des producteurs, un compagnonnage de terrain sécurisant la qualité et la traçabilité.

Les assiettes sont très esthétiques et nous prenons plaisir à converser avec le Chef. Après des années dans de belles maisons étoilées en montagne, il est « tombé sous le charme du lac et de ses produits » et il souhaite travailler dans cette continuité : une cuisine de plantes et de territoire, lisible et chaleureuse, pensée pour faire plaisir au client, et portée par une équipe rassemblée autour d’un cap commun.
Le service est jeune mais plein de verve, nous apprécions ces instants privilégiés où rien n’est laissé au hasard. On découvre un domaine viticole de cette région, on s’amuse d’anecdotes, on savoure chaque bouchée.

Les étoiles sont toutes allumées, la salle s’est vidée, il est temps de rejoindre notre cocon chaleureux. En empruntant les escaliers nous découvrons un charmant salon, bibliothèque, liqueurs. Nous sommes hors du temps…
Le lendemain matin je rencontre Jean-Michel Belin, le nouveau propriétaire des lieux : « Quand je suis entré ici pour la première fois, j’ai ressenti quelque chose. Cette maison avait une âme. On devinait encore les histoires qu’elle avait abritées. Je me suis dit qu’il fallait lui redonner la vie qu’elle méritait.»
La propriété au début des années 2010, a perdu une partie de son éclat. Mais le potentiel est évident.
La restauration sera longue et ambitieuse
Pendant près d’une décennie, artisans, architectes et passionnés travaillent à redonner à la bâtisse son allure d’origine tout en l’adaptant aux exigences contemporaines.
Boiseries restaurées, volumes préservés, matériaux nobles : chaque détail est pensé pour préserver l’esprit du lieu.
L’objectif n’était pas de créer un hôtel contemporain, mais de réveiller l’esprit d’une maison de famille.
« Ce lieu avait une histoire très forte. Mon ambition était de la préserver tout en créant un lieu vivant. Je suis tombé amoureux de cette belle endormie. En faire un hôtel était un rêve d’enfant. Cette rénovation que j’ai voulue dans les règles de l’art et la plus fidèle possible, a été rendue possible parce qu’au moment de la vente, j’ai retrouvé les traces de la famille.»

Autrefois résidence du médecin Léon Brachet – figure influente du thermalisme aixois au XIXe siècle – la demeure accueillait aristocrates, diplomates et voyageurs venus profiter des vertus des eaux thermales. Il faut imaginer l’impératrice d’Autriche « Sissi », Sarah Bernhardt, le roi Georges Ier et les frères Coquelin – tous fréquentaient la station pour participer aux « saisons » thermales d’Aix-les-Bains. Des étudiants en master d’histoire contemporaine de l’université de Grenoble ont participé très activement aux recherches sur l’histoire du château, et ont ainsi pu mettre en musique ce riche patrimoine.
Jean-Michel et son épouse ont eu à cœur d’exposer sous vitrines, à la fois des livres, des objets, gravures ou correspondances anciennes liés à cette époque, et de mettre en scène l’esprit de fête qui rassemblait l’aristocratie à la fin du XIXe siècle.
Ce sont autant de pièces acquises patiemment dans les salles de vente ou, parfois même, retrouvées dans les greniers du château.
Une rénovation exemplaire
Dès l’entrée, l’immense cheminée de pierre donne le ton. En enfilade on découvre le restaurant et sa haute verrière, qui permet toute l’année de profiter de l’extérieur tel un jardin d’hiver. De toutes parts, le parc parachève cette juxtaposition de sensations, en donnant l’impression que l’on peut se perdre dans la végétation.
« La qualité des choses qui nous entourent est importante car elle influe sur l’ambiance intérieure » conclut Jean-Michel.

Le parc de six hectares a été dessiné comme un authentique jardin à l’anglaise, multipliant les cheminements sinueux, les haltes pittoresques, les reliefs, les perspectives et les compositions végétales singulières. Bosquets, feuillages, fleurs vivaces et annuelles, rampantes ou grimpantes, y prennent vie comme autant de tableaux paysagers ponctués de bassins, dallages, fontaines, jeu d’échecs géant…
Disséminées dans le Château ou nichées dans les anciennes écuries, devenues « Le Pavillon », chacune des chambres offre un décor unique avec pléthore de détails, harmonie de couleurs, raffinement des imprimés et préciosité des matières. La décoration joue la carte de la subtilité. Couleurs poudrées, boiseries restaurées, mobilier élégant : l’esthétique évoque la Belle Époque sans tomber dans la reconstitution.
Au premier étage, un bar de courtoisie est exclusivement réservé aux clients de l’hôtel. Secret, cosy et pensé comme un club ou un boudoir, l’on s’y retrouve pour un drink et une conversation autour des ouvrages chinés de la bibliothèque idéale du Château, une formidable collection d’œuvres du XIXe siècle dont chacun pourra emprunter un exemplaire pour en faire lecture pendant son séjour.
Au rez-de-chaussée, un espace bien-être privatif avec sauna, hammam, baquet d’eau glacée et espace de massage permet également de profiter d’un moment de plénitude.
Ici, l’expérience du luxe n’est pas ostentatoire. Elle repose sur l’espace, la lumière et la nature. Le regard glisse vers les montagnes environnantes, tandis que les vents du lac apportent une fraîcheur légère.
Si vous deviez résumer l’esprit du château en une phrase ?
Jean-Michel Belin sourit.
« C’est une maison qui raconte une histoire… et qui continue de l’écrire chaque jour. »
chateaubrachet.com
48 Impasse des Couduriers
73100 Grésy-sur-Aix